/  31 mars 2026

Le choix du RRQ : comprendre les biais qui influencent votre décision

Audréanne Leblanc, LL.M., Fisc., Pl. Fin.
Cheffe de pratique en planification financière et fiscale


« Dois-je demander ma rente du Régime de rentes du Québec (RRQ) à 60 ans, 65 ans ou attendre pour la bonifier à 72 ans ? » Cette question est au cœur des préoccupations de nombreux retraités. Sur papier, la réponse semble simple : plus vous attendez, plus votre rente augmente. Pourtant, la majorité des gens choisit tout de même de demander la rente à 65 ans ou même avant. Pourquoi ? Parce que nos décisions financières ne sont pas seulement rationnelles : elles sont aussi profondément psychologiques.

Dans leur cahier de recherche Le choix du RRQ : Le pari du perdant ravi1, trois auteurs de l’UQTR proposent une lecture nouvelle : et si réclamer trop tôt revenait, en pratique, à faire un pari statistiquement défavorable ?

Rappelons que le RRQ est conçu pour offrir de la flexibilité : vous pouvez demander la rente entre 60 et 72 ans. À 65 ans, vous recevez 100 % du montant de référence. Chaque mois de report après 65 ans augmente votre rente de 0,7 %, jusqu’à une bonification de 58,8 % à 72 ans ; à l’inverse, la demander à 60 ans en réduit le montant. Bref, attendre peut valoir très cher si vous vivez longtemps.

Ce que disent les chiffres

 

Âge de début Réduction/bonification Rente maximale par mois 2
60 ans -36 % 965 $
65 ans 0 % 1 508 $
70 ans +42 % 2 141 $
72 ans +58,8 % 2 394 $

Le rapport illustre la décision liée à la rente du RRQ de façon particulièrement éloquente en la présentant comme un véritable pari. Les auteurs montrent, à l’aide d’exemples, que les Québécois prennent effectivement un pari lorsqu’ils choisissent l’âge auquel ils demandent leur rente. Ils soulignent que, dans un contexte différent, comme celui d’un casino, personne n’accepterait un pari semblable. Pourtant, ce choix repose essentiellement sur une mise implicite : celle de leur propre espérance de vie.

Par exemple, le rapport de recherche nous démontre que demander la rente du RRQ à 60 ans est un pari largement perdant : la probabilité de perte atteint 91 % pour les hommes et 93 % pour les femmes, avec une perte potentielle allant jusqu’à 438 000 $ contre un gain maximal de 52 000 $.

Mais alors pourquoi, en moyenne, les Québécois demandent-ils leur rente à 62,2 ans ?

Les auteurs nous rappellent que cette décision est liée à certains biais psychologiques, et que les identifier permettrait de prendre une décision plus éclairée. Voici quelques-uns de ces biais abordés dans leur analyse :

1. L’aversion à la perte : la peur de « perdre » avant de gagner

La théorie des perspectives (Kahneman & Tversky) démontre que nous ressentons deux fois plus la douleur d’une perte que le plaisir d’un gain équivalent. Attendre pour « gagner plus tard » nous semble risqué : et si la vie nous jouait un tour ? Ce raisonnement émotionnel nous pousse à prendre tout de suite la rente du RRQ, même si cela nous coûte cher sur la durée.

2. Le point de référence des 65 ans : la norme sociale qui nous piège

Puisque la rente normale est à 65 ans, cet âge est devenu l’âge normal de la demande de la rente du RRQ. Ce repère simplifie nos calculs, mais il nous empêche de voir que reporter à 70 ou 72 ans peut être extrêmement avantageux. Ainsi, beaucoup de gens ne considèrent même pas l’option d’une demande à 72 ans, car elle semble « hors norme ». Tout en conservant les mêmes valeurs de rente RRQ, les auteurs vont même jusqu’à proposer de repousser l’âge du droit à la rente pleine (100 %) à 72 ans, tout en présentant la rente à 65 ans comme une option réduite : cela afin de diminuer les impacts psychologiques.

3. La sous-estimation de la longévité

Nous accordons plus d’importance aux risques négatifs immédiats (maladie, mortalité, imprévus) qu’aux bénéfices futurs. Cela amène les retraités à survaloriser les menaces à court terme et à sous-estimer leur espérance de vie.

Voici 5 questions à se poser avant de décider :

  • Quelle est ma santé actuelle ?
  • Ai-je des besoins immédiats d’argent ?
  • Mes autres revenus couvrent-ils mes besoins jusqu’à 72 ans ?
  • Comment le tout s’intègre-t-il à ma fiscalité ?
  • Y a-t-il une longévité particulière ou une espérance de vie écourtée dans ma famille ?

À retenir

Le RRQ est solide et flexible. Reporter après 65 ans peut augmenter votre rente de 58,8 %. Nos biais peuvent nous pousser à encaisser trop tôt. Penser en scénarios et se donner des repères précis aident à faire un choix éclairé. N’hésitez pas à nous consulter afin d’effectuer un choix judicieux.


1 Marc Bachand, Nicolas Lemelin et Nicolas Monette, Le choix du RRQ : Le pari du perdant ravi, Université du Québec à Trois-Rivières, novembre 2024, Disponible en ligne : https://oraprdnt.uqtr.uquebec.ca/portail/docs/GSC1730/O0006253964_Version_Officielle___RRQ___Novembre_2024.pdf

2 La rente dépend des cotisations versées au RRQ. Le montant présenté correspond à la rente maximale possible et peut être inférieur selon l’historique de cotisation et l’âge de la retraite.

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