Survol des marchés financiers | Fiera Capital – Mars 2026
Contexte économique
Le contexte géopolitique mondial a été bouleversé durant le premier trimestre de 2026. Le 3 janvier, le président Trump a ordonné une opération militaire visant à enlever le président du Venezuela, Nicolas Maduro, afin qu’il soit jugé aux États-Unis pour narcoterrorisme. À la fin de février, alors que des négociations étaient encore en cours, les États-Unis se sont joints à Israël pour attaquer l’Iran dans le but de faire tomber le régime en place. Ces événements ont contribué à augmenter la volatilité des marchés. Au début du trimestre, les données économiques ont démontré la force de l’économie et sa résistance aux turbulences. En mars, la guerre au Moyen-Orient a provoqué une flambée du prix du pétrole et du gaz naturel sur l’ensemble du globe. Les effets probables sur l’inflation ont alors fortement affecté les marchés financiers.
Au premier trimestre de 2026, l’économie américaine a affiché de bons résultats. La demande intérieure demeure forte et la création d’emplois s’est accélérée. Le marché de l’emploi semble donc se stabiliser. Le principal frein à la croissance du PIB provient des dépenses gouvernementales qui ont chuté à la suite des impasses budgétaires. Par ailleurs, les prix des dépenses de consommation personnelle de base, indice d’inflation prisé par la Réserve fédérale (Fed) a grimpé à 3,0 %. La hausse récente du prix du pétrole devrait pousser l’inflation à la hausse. Bien que les États-Unis soient autosuffisants en produits pétroliers, les consommateurs subiront la hausse des prix à la pompe et ses répercussions sur tous les biens de consommation. En conséquence, les économistes ont généralement revu à la baisse leurs prévisions de croissance de l’économie américaine pour l’année en cours.
Au Canada, les indicateurs ont commencé l’année sur une base solide. La demande intérieure progresse à un rythme annuel de plus de 2 %, portée à la fois par les dépenses des consommateurs et des gouvernements. Même les investissements des entreprises affichent une hausse après une période de léthargie en 2025. Le taux d’inflation est descendu à 1,8 % en février, ce qui est inférieur à la cible de la Banque du Canada. Cette dernière a tout de même décidé, par prudence, de maintenir le taux directeur inchangé. À la fin de 2025, les investisseurs canadiens ont bénéficié de la plus forte croissance de leurs actifs financiers en 15 ans. Le recul des marchés qui s’est amorcé en mars pèsera sur la valeur des portefeuilles et pourrait affecter la confiance des investisseurs. Notons enfin que la renégociation de l’ACEUM, prévue au cours de l’été 2026, augmente aussi le niveau d’incertitude relativement aux perspectives de l’économie canadienne.
En ce début de 2026, l’économie chinoise demeure confrontée à d’importantes difficultés. Les indices PMI affichent une contraction accentuée de l’activité industrielle. Les indices non industriels affichent une légère amélioration, mais ils pointent toujours vers une contraction de l’activité économique. Les perspectives demeurent moroses considérant la demande intérieure faible, l’incertitude entourant les tarifs douaniers américains et les hausses de coûts que pourrait provoquer la guerre en Iran. En outre, la difficulté de transiter par le détroit d’Ormuz affecte particulièrement les pays asiatiques. Plus de 40 % des importations de pétrole brut indien passent par le détroit d’Ormuz. Pour la Chine ce pourcentage atteint près de 50 %. On a donc constaté un ralentissement de la production dans plusieurs pays d’Asie.
La guerre entre les États-Unis et l’Iran a provoqué la destruction de nombreuses installations liées à la production et au transport de pétrole et gaz naturel dans plusieurs pays du golfe persique. Elle a également provoqué un blocage presque total du détroit d’Ormuz. C’est pourquoi, le prix du baril de pétrole (WTI) est passé de 57 $ US le 31 décembre dernier à plus de 104 $ US en date du 31 mars.
Politique monétaire et titres à revenu fixe
La Banque du Canada et la Réserve fédérale se sont réunies à deux reprises au premier trimestre de 2026. Au début de mars, la guerre contre l’Iran et les conséquences sur le prix de l’énergie ont suscité des craintes importantes sur l’évolution de l’inflation à travers le monde. Ainsi, les banques centrales nord-américaines ont misé sur la prudence et ont choisi le statu quo.
Lors de leur rencontre de mars, la Banque d’Angleterre et la Banque centrale européenne ont ajusté leur message. Des deux côtés de la Manche, les autorités monétaires ne parlent plus de baisse possible du taux directeur. Elles lancent plutôt le message que la situation géopolitique mondiale demandera de l’agilité et que les pressions inflationnistes pourraient les obliger à hausser les taux directeurs. C’est un changement de ton important qui a causé un recul des marchés obligataires.
Durant le premier trimestre, les taux obligataires canadiens ont affiché une légère baisse jusqu’au début de mars. Ensuite, les craintes de recrudescence de l’inflation causées par la guerre en Iran ont poussé les taux obligataires à la hausse. Les taux des obligations de plus courtes échéances ont grimpé davantage, de sorte que la courbe de taux s’est légèrement aplanie. Ainsi, au premier trimestre, les taux des obligations du Canada ayant une échéance de 10 ans sont passés de 3,43 % à 3,51 %. Pendant ce temps, ceux des obligations du Canada ayant une échéance de 2 ans sont passés de 2,59 % à 2,88 %.
Durant le premier trimestre de 2026, le dollar canadien s’est négocié autour de 0,73 $ US jusqu’au début de mars. Puis, il a grimpé brièvement autour de 0,74 $ US. À partir de la mi-mars, il a faibli progressivement pour terminer le trimestre légèrement sous la barre des 0,72 $ US.
Marchés boursiers
Le marché boursier américain a évolué à l’intérieur d’une fourchette relativement étroite jusqu’à la fin de février. Dès lors, à la suite de l’attaque américano-israélienne contre l’Iran, la volatilité du marché a bondi. Au premier trimestre, l’indice S&P 500 a perdu plus de 6,0 %.
Durant le premier trimestre, les titres des géants américains de la technologie ont accusé un recul. Dans ce contexte, l’indice NASDAQ affiche un recul trimestriel d’environ 9 %.
Pour sa part l’indice S&P TSX, indice phare du marché canadien, a terminé le trimestre en légère hausse grâce à la montée du prix du pétrole et des ressources naturelles. Les titres des autres secteurs ont généralement affiché des baisses. Notons que l’indice des actions canadiennes de petite capitalisation affiche un rendement de près de 10 %, grâce à la forte pondération des sociétés de ressources naturelles au sein de l’indice.
Pour leur part, les marchés boursiers émergents ont mieux résisté que le marché américain. L’indice MSCI des marchés émergents termine le premier trimestre en territoire positif.
À l’horizon
Une des leçons que les dirigeants américains devraient tirer du premier trimestre de 2026 est que l’Iran, ce n’est pas le Venezuela. Alors que l’opération d’enlèvement du chef d’état sud-américain a duré quelques heures, le conflit en Iran pourrait s’enliser. Qui plus est, il risque de causer des dommages durables sur les infrastructures de production et de transport de pétrole et gaz dans plusieurs pays du Golfe persique.
La hausse du prix de l’essence et des autres produits pétroliers affecte déjà la confiance des consommateurs. Ces derniers peinaient déjà à s’ajuster aux hausses de prix postpandémiques, que ce soit pour la nourriture ou le logement abordable. La hausse des prix de l’énergie risque de relancer l’inflation.
En février, la Cour suprême des États-Unis a jugé illégale l’imposition des tarifs douaniers dits « réciproques » d’avril 2025. De ce fait, l’inflation causée par ces tarifs pourrait être moins importante qu’anticipée.
Parallèlement, la faiblesse de la confiance des consommateurs et des entreprises contribuera à freiner le rythme de croissance de l’économie mondiale. D’une part, les ménages devraient réduire leurs dépenses en raison de la probabilité de hausses de prix et des inquiétudes concernant leur situation financière. D’autre part, les entreprises feront face à des perspectives nébuleuses, ce qui les incitera à réduire leurs investissements et le rythme des embauches. Bien que le contexte économique mondial soit incertain, nous écartons le scénario de récession économique. Nous croyons plutôt que nous traverserons une période de stagflation, c’est-à-dire de stagnation de l’économie accompagnée d’une inflation supérieure aux cibles des banques centrales.
Le taux d’inflation, au Canada comme aux États-Unis, devrait augmenter sensiblement. Cela incitera les banques centrales à maintenir leurs taux inchangés pour une période prolongée. Pour compenser la hausse du taux d’inflation, les taux obliga-taires de plus long terme devraient connaître une augmentation.
Le ralentissement de la croissance économique limitera les investissements des entreprises. Au cours des 12 à 18 prochains mois, leurs bénéfices pourraient accuser de légers reculs.
Dans ce contexte, nous maintenons, dans les portefeuilles équilibrés qui le permettent, une exposition réduite aux obligations canadiennes et aux actions américaines et internationales. En contrepartie, notre exposition aux actions canadiennes est légèrement supérieure à la cible et nous conservons une portion importante du portefeuille en liquidités. Les actions canadiennes offrent généralement un potentiel de rendement intéressant lors des périodes d’inflation.



