/  19 octobre 2003

Indicateurs économiques 101

Comme l’illustre la figure ci-dessous, l’économie évolue généralement selon un cycle qui comprend quatre phases, soit 1) un creux, 2) une reprise (ou expansion), 3) un sommet, et 4) un ralentissement (ou récession).

Historiquement, bien que ce scénario se reproduise à intervalles réguliers, il s’avère difficile de prévoir la durée et l’ampleur des différentes phases d’un cycle, car des variations passagères peuvent masquer certaines tendances de fond qui influent considérablement sur ces éléments déterminants. Cette difficulté a été à l’origine de l’élaboration d’indices, appelés indicateurs économiques. Il s’agit de données compilées pendant une longue période de temps, puis analysées et classées, dans une tentative pour déterminer la situation d’un cycle et pour prévoir son évolution.

Ces indicateurs de marché ont été divisés en trois catégories, soit 1) les indicateurs retardataires, 2) les indicateurs simultanés et 3) les indicateurs précurseurs.

LES INDICATEURS RETARDATAIRES

Les indicateurs retardataires sont ceux qui réagissent après l’économie dans son ensemble. En d’autres mots, ils continuent soit à progresser en dépit du fait que d’autres indicateurs ont confirmé la fin d’un sommet économique, soit à régresser malgré le début d’une reprise.

L’inflation, les coûts de la main-d’œuvre, le niveau des stocks, le taux de chômage, de même que les dépenses des entreprises pour l’acquisition de nouvelles usines et de matériel, sont de bons exemples d’indicateurs retardataires.

En ce qui concerne l’inflation, elle ne permet pas d’établir la direction que prendra l’économie, mais seulement la façon dont le cycle évolue. En pratique, l’inflation augmente pendant qu’on approche du sommet du cycle, alors que l’économie roule déjà à fond. La raison en est fort simple : les entreprises produisent à pleine capacité tout en subissant des pressions en vue de hausser les salaires, ce qui les oblige à augmenter le prix de leurs marchandises afin de maintenir leurs marges de profit.

Depuis quelques mois déjà, les nouvelles économiques avancent que la reprise économique américaine ne pourra être confirmée que lorsque les entreprises auront recommencé à investir pour moderniser leurs installations et pour augmenter leur capacité de production. Cet indicateur étant retardataire, l’investisseur qui désire se positionner avant le début de la reprise ne peut se permettre d’attendre, d’autant plus que les entreprises n’envisagent des projets d’expansion qu’après avoir constaté une augmentation soutenue de la demande, soit au terme d’une période d’une année ou deux.

LES INDICATEURS SIMULTANÉS

Les indicateurs simultanés varient à peu près en même temps que l’économie dans son ensemble.

Ils comprennent, entre autres, le revenu des particuliers et les ventes au détail. Comme il faut cependant compter un certain temps avant que ces statistiques voient le jour, elles s’avèrent de piètres indicateurs pour l’investisseur qui veut se positionner en vue d’une reprise économique ou qui cherche à éviter une récession.

LES INDICATEURS PRÉCURSEURS

Indéniablement, les indicateurs les plus suivis sont ceux qui sont qualifiés de précurseurs, car ils laissent entrevoir une tendance avant même que l’activité économique ne le confirme. En principe, ils doivent donc permettre d’anticiper la direction que prendra l’économie au cours des mois à venir. Cependant, comme aucun indicateur n’est parfait, il est préférable que plusieurs indicateurs pointent dans la même direction avant de tirer quelque conclusion que ce soit.

Il faut également préciser que, lors de la publication d’un indicateur, les marchés financiers réagissent à sa déviation par rapport à la prévision qui faisait consensus au moment de sa sortie, et non pas en regard de la valeur de l’indicateur en tant que telle. Les marchés ne réagiront que s’il y a déviation par rapport aux valeurs anticipées, car les prix des actions et des obligations auront alors déjà évolué au cours des jours précédents, afin de tenir compte de la valeur prévue de l’indicateur.

Les deux premiers indicateurs précurseurs sont étroitement liés à la politique monétaire de la Banque centrale. La masse monétaire réelle (M1) est un indicateur précurseur (environ six mois) qui mesure la somme d’argent liquide (comptes bancaires et au comptant) dont disposent les consommateurs et les entreprises.

L’écart entre les taux d’intérêt à long terme et les taux d’intérêt à court terme constitue un autre indicateur précurseur (plus ou moins un an). Si la Banque centrale adopte une politique monétaire restrictive pour freiner une surchauffe de l’économie, elle haussera les taux d’intérêt à court terme. Ces derniers augmenteront davantage que ceux à long terme, provoquant du même coup un aplanissement de la courbe des taux. Celle-ci va parfois même jusqu’à s’inverser, les taux à court terme étant alors plus élevés que ceux à long terme. Une telle situation peut entraîner une diminution de la demande finale et déboucher sur une récession.

Calculé par Statistique Canada, l’indice composite des indicateurs avancés du Canada tient compte de dix indicateurs avancés, dont l’indicateur composite avancé des États-Unis et l’indice S&P/TSX de la Bourse de Toronto. La Bourse canadienne est effectivement un indicateur précurseur (au moins six mois) sur l’état de notre économie. Quant à l’indice composite, il permet de prévoir assez bien la direction que prendra l’économie, et ce, deux ou trois mois à l’avance. À la fin de l’été
2003, cet indicateur ne laissait toujours pas entrevoir de récession, mais incitait à conclure à une croissance économique modérée.

INDICATEUR
CATÉGORIE
MOUVEMENT
EN REGARD
DE CELUI DE
L’ÉCONOMIE
Inflation
Retardataire
Identique1
Coût de la main d’œuvre
Retardataire
Identique
Niveau des stocks
Retardataire
Inverse2
Taux de chômage
Retardataire
Inverse
Dépenses des entreprises pour l’acquisition de nouvelles usines
Retardataire
Identique
Prêts commerciaux
Retardataire
Identique
Revenu des particuliers
Simultané
Identique
Ventes au détail
Simultané
Identique
Produit intérieur brut (PIB)
Simultané
Identique
Production industrielle
Simultané
Identique
Masse monétaire (M1)
Retardataire
Identique
Écart entre les taux à long terme et ceux à court terme
Retardataire
Identique
Indice composite des indicateurs avancés du Canada
Retardataire
Identique
Indicateur composite avancé des États-Unis
Retardataire
Identique
Indice S&P/TSX de la Bourse de Toronto
Retardataire
Identique
1 L’indicateur est à la hausse lorsque l’économie est à la hausse.
2 L’indicateur est à la baisse lorsque l’économie est à la hausse.