/  09 juillet 2008

Les motivations pour investir plus à l’étranger

En 2005, les autorités fiscales canadiennes enlevaient le plafond de 30% sur les placements étrangers des véhicules de retraite enregistrés. Cela élargissait les horizons des investisseurs canadiens en termes de types de placement étrangers qu’ils pourraient souhaiter inclure dans leur portefeuille. Il faut dire que la plupart des investisseurs n’avaient alors que des actions américaines et internationales de grande capitalisation au niveau étranger.

Au niveau des caisses de retraite canadiennes, on a alors pu apercevoir une tendance à investir plus à l’étranger. Ainsi, selon un sondage effectué par le gestionnaire MFC Global en 2007 auprès de 148 caisses canadiennes, un tiers des répondants avaient l’intention d’augmenter leur exposition en actions internationales au cours des deux prochaines années au détriment des actions canadiennes. Cette tendance n’est pas particulière au Canada selon une étude de la firme Greenwich Associates publiée au début 2007 qui montre le même genre de phénomène pour les principaux pays industrialisés.

Cependant, lorsque l’on regarde le marché des actions étrangères d’une perspective canadienne, il n’est pas très motivant d’investir à l’extérieur du Canada, à tout le moins sur la base des principaux indices boursiers. À cet égard, le tableau suivant présente le rendement annuel moyen, en dollars canadiens, des 5 dernières années au 31 décembre 2007 des indices boursiers de grande capitalisation au Canada (S&P/TSX), aux États-Unis (S&P 500) et à l’extérieur de l’Amérique du Nord (EAEO) :

Tableau

Rendement annuel moyen des indices boursiers

Indice boursier Rendement (2003-2007)
S&P/TSX 18,3%
S&P 500 2,7%
EAEO 10,7%

Il faut dire que les rendements du tableau précédent reflètent l’effet de la devise, et donc l’appréciation du dollar canadien au cours des dernières années.

Quelles seraient alors les motivations d’un investisseur canadien d’aller plus du côté étranger?

Le premier argument qui semble évident est le manque de profondeur du marché des actions canadiennes en termes de secteurs. En effet, le marché canadien est dominé par les ressources naturelles et les services financiers comme on peut le voir dans le graphique suivant qui donne la pondération par secteur de l’indice S&P/TSX au 31 décembre 2007 :

Il est clair qu’un investisseur qui désire avoir une diversification raisonnable au niveau sectoriel ne pourra l’obtenir dans le marché canadien.

Par ailleurs, au cours des dernières années, on a vu un certain nombre de nos fleurons canadiens soit passer à des intérêts étrangers (Alcan, Inco et Falconbridge pour ne citer que quelques-uns), soit devenir la propriété d’intérêts privés (BCE). Le marché des actions canadiennes devient alors de plus en plus un marché de moyenne et faible capitalisation. Il ne serait pas surprenant d’observer plus de volatilité dans le marché canadien à l’avenir.  On serait alors justifié d’aller à l’étranger pour compenser cette carence.

La tendance notée au paragraphe précédent devrait amplifier un problème déjà apparent depuis quelques années, soit les limites du marché canadien en termes de liquidité. Ainsi, les gestionnaires de portefeuilles qui ont eu beaucoup de succès à amasser des actifs en actions canadiennes se sont vus dans l’obligation de commencer à refuser de nouveaux mandats. Pour certains d’entre eux qui ont un portefeuille très concentré, l’acquisition de nouveaux actifs en actions canadiennes a contribué à améliorer leur performance (puisqu’ils achètent de plus en plus un nombre limité des mêmes titres). Cependant,  s’ils commencent à perdre des clients, la spirale ira alors vers le bas!

Évidemment, un investisseur pourra également avoir des obligations et d’autres types de placement dans son portefeuille (par exemple, de l’immobilier ou autres placements privés). Encore là, le marché canadien a ses limites. Par exemple, le marché des obligations canadiennes est passablement limité en termes de secteurs. Ainsi, la plupart des gestionnaires d’obligations canadiennes qui visent procurer une valeur ajoutée raisonnable pour leurs clients le feront principalement en s’éloignant considérablement de l’indice de marché au niveau de la durée ou en se positionnant de façon très différente de l’indice sur la courbe des taux d’intérêt. Mais c’est probablement beaucoup plus difficile d’ajouter de la valeur de cette manière dans un environnement à faibles taux d’intérêt.

Lorsque l’on regarde également d’autres classes d’actif moins fréquemment incluses dans le portefeuille d’un investisseur à profil moyen, comme les actions de petite capitalisation ou les placements en infrastructure, là encore le choix est beaucoup plus grand à l’étranger.

Il semble alors y avoir une foule de bonnes raisons pour un investisseur canadien de loucher davantage vers l’extérieur du Canada. Mais force de constater que la plupart des investisseurs canadiens ont la majorité de leurs placements au Canada. Logiquement, un investisseur canadien devrait avoir environ 3% de son portefeuille au Canada, en accord avec le poids du Canada dans l’économie mondiale. Qu’est-ce qui peut expliquer cet état de chose?  À prime abord, les investisseurs sont plus à l’aise de mettre leur argent dans les titres de leur pays, car ils les connaissent mieux. Ce phénomène qu’on appelle en anglais ‘home bias’ n’est pas spécifique au Canada. Il y a également le sentiment par plusieurs investisseurs que, parce que le marché canadien a mieux fait aux cours des dernières années, il continuera à bien faire dans le futur. La finance comportementale qualifie ce genre d’attitude de ‘sur-confiance’.

Mais même si l’on est convaincu qu’il faille aller plus à l’étranger, il demeure une question fondamentale qu’il faut regarder : les devises. Plusieurs fonds n’offrent pas de protection à ce niveau. Cela a grandement contribué à la performance décevante des placements étrangers de bon nombre d’investisseurs au cours des dernières années et amplifier leur désir de conserver un biais canadien. Cependant, au niveau actuel du dollar canadien, l’aspect devises devrait être moins préoccupant pour les investisseurs.